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Au printemps 2002 les incertitudes se sont accrues et la situation financière
s’est aggravée…
…contraignant la demande des entreprises et pesant sur l’activité
Des conditions plus favorables à l’investissement apparaissent en fin
d’année
Le
rythme annuel de croissance aux États-Unis serait proche de 3% au début de
2003
Le
commerce mondial se réanimerait progressivement
En
France, l’emploi concurrentiel continuerait de progresser faiblement
La
croissance des revenus des ménages français resterait soutenue
Les baisses d’impôts fin 2002 et la modération de l’inflation début 2003
soutiendraient le pouvoir d’achat
En
France, la consommation demeurerait encore solide en début d’année
prochaine…
…et elle serait atone dans le reste de la zone euro
En France, l’activité accélèrerait progressivement pour rejoindre un rythme
de l’ordre de 2% au premier semestre
Au printemps 2002 les incertitudes se sont
accrues et la situation financière s’est aggravée…
Dans un contexte d’incertitude sur la
robustesse du ressaut d’activité américaine et de stagnation persistante de
la demande intérieure en zone euro, le climat des affaires s’est brutalement
dégradé durant l’été après l’embellie enregistrée entre décembre et mai. Ce
mouvement a coïncidé avec le recul des bourses, affectées par ailleurs par
la défiance des investisseurs vis-à-vis de la sincérité des comptes, ainsi
que par les incertitudes liées à la situation géopolitique.
Les primes de risque exigées par les marchés
sur les obligations des entreprises se sont alors sensiblement accrues des
deux côtés de l’Atlantique, durcissant les conditions de financement de
crédits et de marchés. Les financements à court terme des grandes
entreprises ont été particulièrement affectés, notamment dans les secteurs
liés aux télécommunications et aux nouvelles technologies, où l’endettement
était élevé.
Ainsi, malgré la diffusion des baisses des
taux directeurs des banques centrales à l’ensemble des taux sans risque, la
demande de crédit des entreprises s’est amoindrie. De plus, les entreprises
s’étaient lourdement endettées pour financer des dépenses soutenues
d’investissements entre 1998 et 2000. Devant faire face à leurs échéances de
remboursement, et dans un contexte de perspectives incertaines, elles se
sont efforcées de se désendetter. En France, le poids de la dette des
sociétés non financières en parts de PIB s’est stabilisé après une forte
progression au cours des dernières années. Les difficultés du système
bancaire allemand ont par ailleurs accentué l’infléchissement du crédit
outre-Rhin.
…contraignant la demande des entreprises et
pesant sur l’activité
Le ralentissement économique s’était traduit
par une baisse continue de l’investissement des entreprises en 2001, tant
aux États-Unis (-9,3% en glissement annuel sur l’année) qu’en zone euro où
l’investissement productif a reculé de 4,8%. De même, les entrepreneurs
avaient adopté un comportement très restrictif sur leurs stocks. En 2001, ce
comportement avait coûté 1,2 point de croissance aux États-Unis, 0,4 point
dans la zone euro et 1,0 point en France. Au premier semestre de 2002, les
anticipations des entrepreneurs ont commencé à se redresser et le
comportement de stockage s’est inversé.
Cependant, en zone euro, le retournement à la
baisse des anticipations à partir de juin et les conditions financières
contraignantes ont incité à un nouveau report des décisions d’investissement
et à déstocker de manière accrue. En France, le comportement des entreprises
en matière de stockage aura presque continûment pesé sur la croissance
depuis le début de 2001. Le redressement au début de 2002 n’a été que de
très courte durée : les mouvements de stocks ont à nouveau contribué
négativement à la croissance dès le printemps en France (-0,1 puis
-0,3 point aux deuxième et troisième trimestres). Parallèlement,
l’investissement total en France a évolué de +0,1% et -0,9% au printemps et
à l’été (-0,5% et -0,8% pour les entreprises). De même, en Allemagne,
l’investissement total a baissé de -3,0% et -0,5% sur les mêmes périodes.
Des conditions plus favorables à
l’investissement apparaissent en fin d’année
Néanmoins, l’arrêt de la chute des cours
boursiers au mois d’octobre améliore les conditions de financement des
entreprises, avec notamment l’amoindrissement des primes de risque sur
actions et sur obligations amorcé en novembre. De plus, la Réserve fédérale
américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont procédé
successivement fin 2002 à une baisse de leur taux directeur de 50 points de
base ce qui devrait rendre encore plus favorables les conditions de
financement.
La dégradation des perspectives des
entreprises industrielles au sein de la zone euro a cessé en novembre.
L’indicateur de retournement conjoncturel dans l’industrie est repassé d’une
zone défavorable à une zone neutre. Seule l’Allemagne n’a pas bénéficié de
cette inflexion favorable. En France, l’arrêt de la dégradation du climat
des affaires dans l’industrie se retrouve également dans les autres
secteurs, et annonce une demande des entreprises moins restrictive.
Notamment, la contribution des mouvements de stocks reviendrait positive dès
le début de 2003.
La demande intérieure française restant en
outre robuste, les conditions sont maintenant propices à un redressement
graduel de l’investissement lorsque les entreprises auront bouclé leurs
comptes de 2002 : la politique monétaire est plus accommodante, les
conditions financières de marché sont moins incertaines, la croissance de
l’endettement est maintenant maîtrisée. Toutefois, les signes positifs de
retournement sont trop récents et ténus, et le niveau des taux d’utilisation
des capacités de production ne signale pas de tensions sur l’appareil
productif ; le redressement des dépenses suggéré par la dernière enquête sur
l’investissement industriel n’interviendrait donc pas avant le printemps. Le
profil de l’investissement dans la zone euro serait comparable, sur un mode
mineur cependant du fait de la situation en Allemagne. Les perspectives de
demande intérieure y restent encore déprimées à la fin de l’année 2002, en
dépit du soutien accordé par les dépenses engagées suite aux inondations de
l’été dernier.
Le rythme annuel de croissance aux États-Unis
serait proche de 3% au début de 2003
Aux États-Unis, la demande intérieure a été
nettement plus dynamique. Malgré des effets de richesse financière négatifs,
la consommation a constitué le support de la croissance dès la fin de
l’année dernière. Elle a été dynamisée par une politique budgétaire
volontariste, par une injection de liquidités pour les ménages via le
refinancement de leurs emprunts adossés à des hypothèques, ainsi que par les
conditions de financement avantageuses accordées par les constructeurs
automobiles. Ce dernier facteur ne jouant plus aussi favorablement à la fin
de l’année, la consommation s’infléchirait au quatrième trimestre de 2002,
puis reviendrait sur un rythme annuel de 3% au premier semestre de 2003.
Dans ce contexte de demande des ménages
soutenue, la meilleure orientation des cours boursiers amorcée fin 2002 et
un accès au crédit plus accommodant relanceraient l’investissement des
entreprises américaines au prochain semestre. Les dépenses d’équipement des
entreprises, déjà stabilisées depuis le printemps, relaieraient ainsi le
comportement de restockage qui avait fortement contribué au début de 2002 à
la reprise de l’activité. Après 0,3% en 2001, et 2,4% en 2002, la croissance
de l’activité aux États-Unis approcherait un rythme annualisé de 3% sur la
première moitié de 2003.
Le commerce mondial se réanimerait
progressivement
La bonne tenue de la demande américaine
dynamiserait à nouveau la production industrielle en Asie. Les pays
asiatiques dépendent en effet étroitement de l’activité américaine, via
notamment leurs exportations de produits de haute technologie. L’Amérique
latine profiterait aussi du regain des échanges commerciaux initié aux
États-Unis.
De même, au Royaume-Uni, la demande extérieure
prendrait progressivement le relais de la consommation des ménages. Dans un
contexte de revenus relativement dynamiques, les crédits garantis par des
hypothèques, soutenus par la forte hausse des prix immobiliers, ont permis
jusqu’à présent à la consommation des ménages de progresser sur des rythmes
élevés ; mais la consommation s’infléchirait sur un rythme annuel de 2% avec
le ralentissement des prix de l’immobilier et le poids élevé des charges
d’intérêts des ménages. Après s’être redressée dès le printemps (+0,6% et
+0,8% aux deuxième et troisième trimestres de 2002), la croissance du PIB se
maintiendrait néanmoins sur un rythme annualisé de l’ordre de 2 à 2 ½ % : la
demande des entreprises ainsi que les dépenses gouvernementales
contribueraient de manière croissante à ce dynamisme.
Au total, l’environnement international de la
zone euro serait mieux orienté en 2003 et favoriserait la réanimation des
échanges commerciaux.
En France, l’emploi concurrentiel continuerait
de progresser faiblement
Depuis 2001, la dégradation de l’activité a
contribué au net fléchissement des créations d’emplois. En France, la
décélération de l’emploi amorcée l’année dernière s’est poursuivie en 2002 :
après +570 000 créations d’emplois en 2000 et +230 000 en 2001, l’emploi
concurrentiel ne progresserait que de +50 000 en 2002. S’ajustant avec
retard à la reprise du début 2002, l’emploi concurrentiel a cessé de
décélérer au second semestre ; il continuerait de croître sur un rythme
comparable sur la première moitié de 2003 (+0,2%). Ainsi, l’économie
renouerait avec des gains de productivité apparente du travail, les
entreprises faisant face à la nécessité de restaurer leurs marges : après
une nette dégradation depuis 2001, le taux de marge se redresserait
légèrement en début d’année prochaine.
Avec la baisse attendue du nombre de
bénéficiaires d’emplois aidés non marchands, l’emploi total se stabiliserait
sur la première moitié de 2003. L’évolution de l’emploi serait un peu plus
dégradée dans le reste de la zone euro, notamment en Allemagne où il a déjà
commencé à se contracter, en ligne avec un climat conjoncturel morose.
L’infléchissement de l’emploi explique la
hausse du chômage entamée depuis l’été 2001. En France, le taux de chômage a
augmenté de façon sensible au printemps, avant de se stabiliser à 9,0%
jusqu’au début de l’automne (8,7% un an auparavant). Compte tenu de la
faible augmentation de l’emploi, le ralentissement de l’offre de travail ne
suffirait pas à empêcher une nouvelle hausse du chômage au cours des
prochains mois : le taux de chômage atteindrait 9,1% en fin d’année, puis
9,3% en juin 2003. La hausse du taux de chômage dans la zone euro resterait
comparable. Il s’établit à 8,4% en octobre 2002, contre 8,1% un an
auparavant, et devrait poursuivre sur cette pente.
La croissance des revenus des ménages français
resterait soutenue
Les hausses passées du taux de chômage pèsent
sur les salaires. Toutefois, trois facteurs contribuent en France à une
légère hausse de la croissance des salaires au prochain semestre : les
accélérations passées des prix, les sorties progressives des accords de
modération salariale dans les entreprises passées aux 35 heures, et les
nouvelles dispositions concernant les heures supplémentaires. Après une
décélération en 2002, la hausse du salaire moyen par tête (SMPT) reviendrait
ainsi sur un rythme un peu inférieur à 3% au cours du prochain semestre.
Avec l’infléchissement de l’emploi, la masse salariale dans les entreprises
concurrentielles avait fortement ralenti en 2002 (+2,9% en glissement annuel
après +5,0% en 2001), mais arrêterait maintenant de décélérer.
Les autres composantes du revenu ralentiraient
légèrement en début d’année prochaine. Après les revalorisations successives
de l’indice de traitement de la Fonction publique en 2002, la croissance de
la masse salariale versée par les administrations diminuerait au cours du
prochain semestre. Les prestations sociales s’infléchiraient début 2003,
après avoir accéléré en 2002. Au total, la hausse des revenus avant impôts
se stabiliserait sur un rythme annuel assez soutenu ; comme en 2002, elle
serait légèrement inférieure à 4% en début d’année prochaine, soit à peine ½
point de moins que celles observées en 2000 et 2001.
Les baisses d’impôts fin 2002 et la modération
de l’inflation début 2003 soutiendraient le pouvoir d’achat
Après l’accélération observée en début d’année
2002, principalement imputable à l’effet du climat sur les prix des produits
frais, l’inflation s’est légèrement repliée au printemps en raison notamment
d’effets de base favorables (+1,4% en glissement annuel en juin 2002, après
+2,2% en janvier). Puis avec la remontée du cours du pétrole, les prix ont à
nouveau accéléré et l’inflation atteint +2,2% en novembre. Après deux ans de
lente progression, l’inflation sous-jacente a atteint un palier à 2,2% au
cours du premier semestre de 2002, et amorce à l’automne un lent repli. Sous
l’hypothèse d’une stabilisation du cours du pétrole au voisinage de 25
dollars le baril et d’un taux de change euro-dollar proche de la parité au
prochain semestre, l’inflation importée serait limitée. Des effets de base
favorables dans l’alimentation et le tassement progressif de l’inflation
sous-jacente (+1,6% au printemps prochain) permettraient alors aux prix de
décélérer, jusqu’à +1,7% en juin 2003. Ce ralentissement procurerait des
gains de pouvoir d’achat aux ménages.
A la suite de deux années de fortes
progressions (+3,1% en 2000 puis +3,4% en 2001), le pouvoir d’achat du
revenu disponible des ménages a amorcé un ralentissement en 2002 (+3,0%). Le
profil infra-annuel du pouvoir d’achat du revenu est cette année encore
marqué par le calendrier des baisses d’impôt. Celles-ci affectent
essentiellement le second semestre et portent sur un montant de 5 milliards
d’euros, soit 0,5% de revenu disponible brut annuel : 2,3 milliards prévus
au titre de la loi de finances initiale de 2002, et 2,55 milliards dans le
cadre de la baisse de 5% supplémentaire. Par contrecoup, la croissance des
revenus sera faible au premier semestre de 2003. Mais l’acquis de croissance
sur l’année resterait élevé : il serait de +1,9% à la mi-2003 contre +2,1%
un an auparavant. Cette dynamique des revenus serait propre à la France :
dans la zone euro, la masse salariale continuerait de ralentir avec la
dégradation du marché du travail ; les hausses annoncées d’impôts et de
cotisations en Allemagne contribueraient à creuser l’écart de croissance des
revenus.
En France, la consommation demeurerait encore
solide en début d’année prochaine…
Le ralentissement du pouvoir d’achat des
ménages a entraîné celui de leur consommation. Après +2,7% en 2001, les
dépenses de consommation des ménages français auraient augmenté d’un peu
moins de 2% en 2002. En phase avec le repli de leur confiance, elles ont
ralenti nettement en toute fin d’année dernière et en début d’année 2002.
Puis elles ont accéléré au printemps et à l’été ; elles resteraient sur un
rythme annualisé un peu supérieur à 2% jusqu’au printemps prochain. Aussi,
la hausse du taux d’épargne s’arrêterait : après 15,4% en 2000 et 16,0% en
2001, il s’établirait à 17,0% en 2002 puis se stabiliserait. Cette inflexion
s’expliquerait par un comportement de lissage visant à amortir les
fluctuations du revenu malgré le gonflement d’une épargne de précaution lié
à la remontée du chômage.
…et elle
serait atone dans le reste de la zone euro
Avec un moindre dynamisme des revenus, le
profil de la consommation dans les autres pays de la zone euro serait
nettement différent, notamment en Allemagne. A l’été, la consommation des
ménages allemands s’est certes redressée sensiblement (+0,5% au troisième
trimestre). Mais cette amélioration ne devrait être que temporaire car elle
s’explique pour partie par des versements exceptionnels de prestations
familiales, et la dynamique des revenus serait atone par la suite.
La dégradation de la confiance des ménages
depuis la mi-2002, bien plus marquée dans les autres pays de la zone euro
qu’en France, reflète l’inquiétude des ménages quant à la détérioration du
marché du travail. Celle-ci continuerait ainsi de peser sur la consommation
des ménages dans la zone euro en fin d’année 2002 et en début d’année
prochaine, malgré les gains de pouvoir d’achat provenant de la baisse de
l’inflation. La hausse des prix à la consommation dans la zone euro, partie
d’un point bas de 1,8% en juin 2002, devrait atteindre 2,4% en décembre puis
se replierait jusqu’à 2,0% à la mi-2003. En moyenne, la consommation privée
de la zone euro progresserait de 0,5% en 2002, soit 1 ½ point de moins par
rapport au rythme français, puis s’inscrirait sur un rythme annualisé
inférieur à 1% au prochain semestre.
En France, l’activité accélèrerait
progressivement pour rejoindre un rythme de l’ordre de 2% au premier
semestre
La demande des ménages, quoiqu’en
ralentissement, resterait encore le principal moteur de la croissance
française. Dans la mesure où le comportement des entreprises deviendrait
moins restrictif, l’activité pourrait accélérer à nouveau dès la fin de
2002. Après une croissance en moyenne annuelle de 1,8% en 2001 et de 1,0% en
2002, l’activité française se redresserait pour progresser sur une pente
annuelle de 2% au premier semestre de 2003 (l’acquis de croissance à la
mi-2003 serait alors de 1,3%). Sur la même période, en raison notamment de
l’effritement de la croissance de la consommation allemande, la croissance
de la zone euro dans son ensemble serait nettement moins dynamique avec un
rythme annualisé compris entre 1% et 1 ½%, après une croissance de 0,7% en
2002 (en moyenne annuelle).
Ce scénario repose sur l’hypothèse d’une
situation géopolitique inchangée. Or, les seules spéculations d’une
intervention en Irak peuvent contribuer à de fortes hausses du prix du
pétrole, qui se traduiraient par un prélèvement sur les revenus dans les
pays consommateurs. A contrario, une solution rapide à la question irakienne
aurait un effet baissier sur le prix du pétrole. Par ailleurs, la
consommation des ménages français pourrait apparaître un peu plus dynamique
à l’horizon du printemps, compte tenu du niveau historiquement élevé atteint
par le taux d’épargne.
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